Hypnose et phobies

Résumé:

Je parle un peu de peur, de phobie, des phobies de représentation, des phobies traumatiques et de l'accompagnement sous hypnose.

Avertissement

Dans mes billets, lorsque j’évoque des cas rencontrés au cabinet, je ne me sers que de séance s’étant déroulées il y a au moins un an, je modifie les prénoms et également certains éléments de manière à anonymiser l’anecdote. Par exemple, lorsque j’évoque les araignées comme phobie ici, il se pourrait aussi bien que la phobie ait en réalité été celle de légumes, de guêpes, de serpents ou encore des piqûres.

Je précise afin que mes clients actuels ne pensent pas qu’ils retrouveront leurs séances mises à nue ici, en particulier s’ils m’ont été recommandés par des lecteurs et craignent d’être reconnus ;-)

Cet article est une vulgarisation, je me permet une certaine marge d’approximation pour conserver un contenu simple, n’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez discuter plus en détail ou obtenir des précisions.

La peur

La peur est un sentiment d’angoisse que l’on éprouve face à un danger, qu’il soit réel ou supposé.

Elle est nécessaire à notre survie, c’est elle qui déclenche notre réponse combat-fuite. Si nous n’éprouvions pas de peur, notre espèce se mettrai systématiquement en danger: la peur nous pousse à éviter le danger qui pourrait mettre notre vie en péril.

Elle devient problématique lorsqu’elle n’est pas proportionnée au danger, ou qu’elle survient en son absence.

La phobie

La phobie est une peur irrationnelle et disproportionnée face à un danger irréel.

La plupart des personnes qui se qualifient de phobiques ne le sont souvent pas réellement: fréquemment dans le langage courant, le terme de phobie sert davantage à décrire un grand dégoût, ou même une peur plus élevée que la normale, plutôt qu’une peur réellement disproportionnée et irrationnelle.

Si je prends le cas de la peur très courante des araignées, il est fréquent qu’en réalité les personnes soient répugnées par elles, ou éprouvent ce qu’elles estiment être une grande peur, mais n’aient pour autant pas de problème à s’en approcher suffisamment pour les tuer à coups de chaussures. Dans ces cas, il ne s’agit généralement pas de phobie.

La phobie n’a rien à voir avec de la répugnance mais vraiment avec une réponse disproportionnée de fuite, comme si l’araignée mettait notre vie en danger au même titre que la présence d’un lion agressif dans la pièce… et personne éprouvant de la peur ne s’aventurerai assez près d’un lion agressif pour lui mettre un coup de chaussure.

La phobie de représentation

Amandine (nom de substitution) vient au cabinet pour une phobie des araignées.

Elle en a non seulement très peur, mais elle ne supporte pas d’en entendre parler, de lire le mot écrit, et le simple fait de les évoquer avec moi la rends visiblement très anxieuse. Lorsque je sors mon téléphone de ma poche et lui demande si je peux lui montrer quelques photos, elle commence à pâlir, ne tient plus en place et s’apprête déjà à courir à l’autre bout de la pièce… elle me demande en pleurant de ne pas lui montrer les photos. Évidemment, je ne lui montre pas, mais cette réaction disproportionnée m’indique qu’il s’agit d’une phobie de représentation.

Ce n’est pas réellement l’araignée qui déclenche la phobie chez Amandine, il n’y en a aucune à proximité, et pourtant elle est déjà sujette à des réactions phobiques à la simple présence d’une araignée dans sa pensée.

En état d’hypnose, après l’avoir mise en sécurité, nous projetons sur un écran la représentation subconsciente de l’araignée: une araignée grande comme un être humain, avec de nombreux yeux menaçants injectés de sang, un abdomen immense, des dents très acérées et une multitude de pattes poilues et aiguisées. Chaque fois que le concept d’araignée est évoqué devant elle ou chaque fois qu’elle en aperçoit une, sans même qu’elle n’en ai conscience, c’est cette image qui est projetée dans son imaginaire et non l’image d’une araignée normale. Sa réaction est donc tout à fait rationnelle et proportionnée… face à une telle araignée.

Ce qui rends sa réaction irrationnelle et disproportionnée est que cette araignée n’existe pas, c’est un danger irréel. Ni elle, ni son entourage, n’ont conscience que cette araignée effrayante surgit dans son imaginaire chaque fois qu’elle pense ou voit une araignée, ni que sa réaction est liée à cette représentation et non à ce qu’il se passe dans sa réalité ordinaire.

La phobie traumatique

Béatrice (nom de substitution) vient également au cabinet pour une phobie des araignées.

Elle m’explique qu’elle en a très peur, qu’elle évite d’aller au garage ou à la cave parce qu’elle sait qu’il y en a, et qu’elle demande à son compagnon de partir en éclaireur s’assurer que la voie est libre avant de s’y rendre elle-même. Elle n’aime pas trop que l’on en parle ensemble, me dit que ça la dégoûte, et me demande un peu inquiète si je vais lui en montrer des vraies parce qu’elle n’est pas certaine de pouvoir supporter. Lorsqu’elle en voit une, il faut immédiatement qu’elle change de pièce, elle ne supporte pas d’être en leur présence même de très loin, elle pourrait crier ou monter sur un meuble.

Je lui propose d’en regarder sur mon téléphone et elle accepte en me disant que ça ne la dérange pas car elle sait qu’elles ne sont pas là. Elle n’éprouve aucune difficulté à regarder l’écran et me dire qu’elles sont moches en grimaçant.

Il s’agit bien d’une phobie dans la mesure ou sa crainte est disproportionnée, et que le danger attribué aux araignées ne justifie pas de ne pas pouvoir supporter d’en voir, de crier ou monter sur un meuble… mais ici c’est réellement l’araignée qui déclenche la phobie: il n’y a aucune crainte lorsqu’elles ne sont pas a proximité, tout juste du dégoût, leur représentation n’est pas terrifiante.

Sous hypnose, il ressort que chaque fois qu’elle voit une araignée, c’est le trauma de la perte d’un proche qui est ravivé. Le travail autour de la phobie passe alors par un travail de libération des émotions liées à la perte de ce proche, elle doit d’abord faire un travail sur le deuil avant que la phobie ne puisse être prise en compte.

Le lien avec les araignées ?

Elle se souvient que, petite, il lui demandait de bien aspirer les toiles dans les coins et qu’elle détestai ça.

Même si c’est souvent beaucoup plus symbolique, il est quasi systématique qu’il y ait un lien entre le trauma et la manière dont il s’exprime, et que ce lien soit très logique et direct lorsqu’il est mis en lumière sous hypnose.

L’accompagnement sous hypnose de la phobie de représentation

Dans le cas d’une phobie de représentation, même s’il est possible qu’il y ait une part de trauma derrière avec un travail associé, l’essentiel du travail s’oriente autour de la modification de la représentation.

Il s’agit de phobies “simples” à régler car elles peuvent disparaître instantanément et définitivement dès la ou les premières séance: le travail consiste à modifier la représentation qui est projetée par le subconscient.

Pour Amandine, nous avons modifié la taille de l’araignée pour la rendre toute petite, lui avons progressivement mis un chapeau coloré, des chaussures de clown à chaque pied, des lunettes de soleil et des moustaches de Groucho, jusqu’à ce que la représentation ne l’effraie plus, la fasse sourire et qu’elle accepte mentalement de s’en approcher.

Une fois que la crainte de la représentation était dissipée, nous avons fait en sorte que chaque fois qu’une représentation d’araignée surgisse, ce soit cette représentation et non la précédente qui soit projetée par son subconscient.

En fin de séance, nous avons pu valider immédiatement la disparition de la phobie en discutant d’araignées, du fait qu’il était normal d’en conserver une peur raisonnable, et nous avons pu regarder des ensemble quelques photos d’araignées dont il est clair qu’il ne faut pas s’approcher dans la vie réelle, sans qu’elle n’ait de réaction disproportionnée mais seulement un dégoût très justifié.

L’accompagnement sous hypnose de la phobie traumatique

Dans le cas d’une phobie traumatique, c’est un travail autour des traumas sous-jacents qui est nécessaire.

Rien ne permet de présager si la phobie “simple” à régler ou non, car tout dépend du ou des traumas et du travail associé. Il arrive que derrière une même phobie se cache plusieurs traumas, chacun nécessitant un travail dédié, avant que ne se réduise ou ne disparaisse la phobie.

Dans le cas de Béatrice, il a fallu de multiples séances autour de l’acceptation du décès de son proche, des séances éprouvantes pour elle avec des périodes de pause et de reprise, avant que la phobie ne se dissipe complètement. Dans l’intervalle, elle a pu constater une baisse de l’intensité de sa phobie au fil des séances, mais ce n’est pas toujours le cas chez tout le monde, même si c’est assez fréquent. Dans certains cas, la phobie ne bouge pas d’un poil tant qu’il reste un trauma sous-jacent à travailler.

Quelques mois après notre dernière séance, Béatrice m’a envoyé par SMS une photo de son garage en me disant qu’elle venait de le ranger de fond en comble, et que les araignées ne l’effraient plus du moment qu’elles restent dans leur coin.

L’hypnose, outil magique pour les phobies ?

Il faut se méfier des promesses de disparition de phobies en une séance, c’est tout à fait possible lorsque la phobie ne tient qu’à une représentation à modifier, mais lorsqu’elle est traumatique la simple modification d’une représentation ne suffit pas: soit cela ne fonctionne tout simplement pas, soit cela ne tient pas dans le temps, soit cela se déplace vers un autre symptôme.

Il est important que la cause soit prise en compte et non juste le symptôme.

Je travaille fréquemment avec des clients qui ont déjà consultés en hypnose pour leur phobie, ont été accompagnés dans la modification de représentations, et nous découvrons alors ensemble lors de notre séance que la phobie résulte d’un trauma qui n’a pas été pris en compte. Lorsque c’est le cas, la promesse qui leur a été faite d’une phobie qui disparaît en une ou deux séance grâce à la magie de l’hypnose ne tient plus et ils en sont déçus, ce qui est tout à fait normal.

Il y a un moment déjà, une cliente a débuté un travail sur sa phobie des voitures avec moi après avoir fait plusieurs séances chez un autre praticien qui lui avais promis des résultats rapides. Dès la première séance, il est ressorti un trauma de l’enfance suite à un accident assez violent dont elle ne se souvenait pas.

Après tout juste trois séances, elle m’a avouée qu’elle était un peu déçue parce qu’elle était venue pour sa phobie et ne s’attendait pas à devoir travailler un sujet aussi difficile, d’autant qu’elle n’observait aucune amélioration de l’intensité de sa phobie depuis notre première séance.

Elle hésitai à arrêter mais s’est malgré tout décidée à continuer parce qu’elle voyait bien que l’accident remuait des choses en elle, puis au terme de sa cinquième séance, elle m’a recontacté en me disant que sa phobie s’était considérablement dissipée sans pour autant avoir complètement disparue. Elle arrivai désormais à monter en voiture, sans pour autant être totalement rassurée, ce qui était déjà une très nette amélioration. Elle voulait absolument continuer et en profiter pour aller régler d’autres problématiques. Nous avons continué à travailler ensemble sur ce sujet et d’autres, avant qu’elle ne vienne à bout de sa phobie au terme d’une bonne douzaine de séances. Si elle s’était tenue à la promesse d’une résolution de sa phobie en deux séances, elle se serait arrêté sur la déception d’un outil magique qui ne marche finalement pas, alors que ses premiers progrès notables sont survenus seulement quelques séances plus tard et l’ont motivés à continuer bien au delà de sa demande initiale concernant la phobie.

Attention aux promesses trop alléchantes, lorsque l’on vous promet des résultats avec un nombre de séance prédéfini concernant une problématique d’ordre psychologique, il y a toujours anguille sous roche: nous sommes tous différents, avons des vécus différents, des traumas différents et des expressions différentes de ces traumas. Derrière la même phobie, la même envie de fumer, la même envie de grignoter, peuvent se cacher une multitude de causes plus ou moins complexes et plus ou moins difficiles à travailler selon les personnes. Certains verront leur problématique disparaître en une séance, et c’est génial dans ce cas là, mais d’autres découvriront qu’il y a des blessures insoupçonnées et qu’elles ne disparaissent pas en un coup de baguette.



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